Bernaches du Canada, photo: © Pascale Piché

Le carnet de Mado

2010-02-16  Conférence du 16 février 2010 « Bécasse d’Amérique et baguage de la sauvagine » par Jean Rodrigue, chargé de projet, Environnement Canada

M. Rodrigue nous parle d’abord du contenu de son travail : baguage des Bernaches résidentes et des Bécasses d’Amérique, baguage de la sauvagine du sud du Québec et détection des maladies chez les oiseaux.

L’historique du bagage nous apprend qu’en 1710 on trouve un Héron cendré étiqueté avec un anneau de métal. En 1803, Audubon se sert de fil d’argent. Au Canada les débuts du bagage furent identifiés en Ontario en 1900, à Jack Miner. En 1909, on a la Naissance de l’American Bird Banding Association, regroupement de personnes et associations pratiquant le baguage, et en 1920 la Création du Bureau of Biological Survey des États-Unis et on oeuvre aujourd’hui avec le SCT (Secrétarait du Conseil du Trésor) au Canada et le USGS (U.S. Geological Survey).

Le premier oiseau bagué au Canada en 1905 est un Merle d’Amérique et le premier au Québec est une Bernache du Canada en 1917, puis suivent en 1924 le Canard noir, en 1964 le Canard chipeau, en 1998 le Garrot d’Islande, etc.

Le baguage renseigne sur la longévité des oiseaux, les routes de migration, la distribution des groupes d’oiseaux, le rythme de déplacement, les succès reproducteurs, la gestion de la chasse. Le taux de récolte vs la survie détermine les quotas de chasse.

À l’aide de cartes graphiques, M. Rodrigue illustre les routes migratoires de plusieurs oiseaux. Grâce aux données de baguage, on repère les oiseaux sur différentes routes qui peuvent différer selon l’aller ou le retour. La Sterne Arctique, la plus grande voyageuse, fait le tour du monde. Il existe quatre voies de migration : Atlantique, Mississipi, Centre des Prairies et Pacifique.

La longévité des oiseaux est variable selon la taille de l’oiseau, les conditions de santé (maladies, blessures), les conditions de vie (habitat, alimentation). Entre ces pôles extrêmes, Albatros de Laysan 51 ans et Paruline du Canada 8 ans, on a trouvé un Canard colvert de 29 ans 1 mois, une Bernache du Canada de 26 ans, un Merle d’Amérique de 13 ans 11 mois et une Bécasse d’Amérique de 11ans 4 mois.

La durée moyenne d’une bague en aluminium est de 10 ans. Différents métaux peuvent entrer dans sa fabrication pour une meilleure résistance selon les oiseaux, les conditions de vie et le milieu de vie dans lequel ils évoluent. Par exemple en milieu marin on utilisera une bague d’un autre métal que l’aluminium qui a une corrosion plus rapide. Le type de marquage standard est en aluminium, parfois triangulaire, de couleur : marqueur aux nasaux (canard), collier et bague en plastique, radio émetteur, radio satellite. Ces deux derniers marqueurs sont calibrés en fonction du poids de l’oiseau pour ne pas nuire au vol et causer une fatigue supplémentaire. Chez les rapaces qui ont un bec très solide, on utilisera plutôt des bagues enclanchantes et/ou à rivets qui résistent plus longtemps. L’émetteur satellitaire est installé sous la peau des canards (dans un de ses sacs aériens) sous anesthésie ; on a observé que ces oiseaux se remettaient sur patte très rapidement. La durée de vie d’une batterie satellitaire se situe entre 6 mois et 1,5 an.

Les espèces sont choisies pour le bagage en fonction des priorités de recherche des espèces en péril telles que Canard Arlequin, Macreuse, Eider à duvet. La capture des oiseaux se fait de plusieurs manières : piège au nid, dans les nichoirs, trappe, filets japonais, aux mangeoires. Différentes cages en filet existent selon les besoins. Il y a par exemple des cages flottantes qui montent avec la montée de la marée, sauvegardant ainsi les canards d’une noyade. L’Urubu n’est pas bagué aux pattes mais plutôt à l’épaule, à cause de son mode d’alimentation. La capture permet d’examiner les oiseaux sous différents paramètres, de détecter les maladies en observant et prenant des échantillons à l’aide d’écouvillons. Tous les bagueurs doivent obtenir un permis de baguage. Chacun a son code et sa couleur de bague, orange pour M. Rodrigue. Depuis 1905, 66 millions d’oiseaux ont été bagués. On pose environ 1,1 million de bagues par année. Au Québec 15 000 à 20 000 oiseaux sont bagués annuellement.

M. Rodrigue nous dit qu’il y a trois classes d’oiseaux sauvagine : les nouveaux bagués, les abonnés et les revenants qui, bagués dans les années antérieures, reviennent ...pour les grains qui accompagnent une séance de bagage !

Le deuxième volet de la conférence porte sur La Bécasse d’Amérique. L’oiseau arrive tôt au Québec et sa nourriture de prédilection est le ver de terre. Le bout de son long bec bouge et permet une meilleure préhension de sa nourriture. La Bécasse d’Amérique est un oiseau forestier qui aime les jeunes peuplements de feuillus dégagés et situés en milieu humide à l’humus épais et en sol non acide. Elle fait son nid au sol et proche des arbres. C’est la championne du camouflage. M. Rodrigue illustre son propos à l’aide de photos et souligne la difficulté de la détecter. Elle se camoufle si bien qu’elle peut s’envoler qu’à la toute dernière minute au nez des chercheurs. Ses gros yeux noirs étant décentrés sur les côtés de sa tête, elle voit large et a une meilleure vision des prédateurs potentiels.

Les influences défavorables sur ses habitats sont urbanisation, vieillissement des forêts, transformation des friches et les gains en faveur de ses habitats sont abandon des terres agricoles, régénération naturelle des boisés après la coupe forestière, plantations de sapins de Noël. La Bécasse est présente parfois jusqu’en novembre mais cette présence varie selon qu’il fait froid plus tôt ou plus tard. L’observation se fait le soir, entre le 1er et le 20 mai, selon un protocole bien établi : routes sélectionnées sur 6,6 km, par bloc de 10 minutes, 10 arrêts à tous les 300 m, écoute durant 2 minutes. Le recensement se fait en l’absence de pluie. L’heure est importante car la Bécasse d’Amérique croule (c’est son chant) à partir de la baisse de luminosité, soit 22 minutes après le coucher du soleil ou 15 minutes par temps nuageux. Cet oiseau difficile à apercevoir nous lance un bon défi à relever !

Merci à Jean Rodrigue pour cette présentation intéressante et pour la collection de bagues, colliers et appareils émetteurs que nous avons pu examiner.

Invitation est faite aux personnes qui observeraient des oiseaux bagués de contacter M. Rodrigue.

Appelez sans frais 1-800-327-BAND (1-800-327-2263). Vous gardez la bague. Vous recevrez un certificat d’appréciation avec de l’information sur l’oiseau.

Bonne lecture, Mado

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