Bernaches du Canada, photo: © Pascale Piché

Le carnet de Mado

2009-10-20  Conférence du 20 octobre 2009 « À la recherche de la Harpie féroce » par Marielle Rivest-Côté, membre du COST

Ses racines abitibiennes la sensibilisent très tôt à la nature et à sa protection. Dans sa vie adulte elle devient travailleuse sociale. Lors de voyages ornithologiques elle s’intéresse aux personnes qui habitent les lieux et aux conditions socio-économiques qui prévalent. Son intérêt pour la biodiversité se concrétise par une implication dans divers organismes : COST, SABL et UQROP pour lequel elle fait du bénévolat au site de réhabilitation « Chouette à voir » de Saint-Jude. C’est ainsi qu’une vision se développe et que les liens se font entre la nature et l’humain. Leurs interactions bien ciblées peuvent faire toute la différence dans l’univers de la protection des habitats. Toute jeune, dans son patelin elle est témoin de la présence abondante des Lagopèdes des saules et de leur quasi disparition par la suite, triste réalité de perte d’habitat pour plusieurs espèces.

Ce voyage ornithologique avec 6 autres québécois et guides du pays visité s’est effectué en novembre 2008, dans l’Est et le Sud-est du Venezuela. Ce pays plus vaste que la France est bordé par deux mers, la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique et trois pays, Guyane, Brésil et Colombie. Il abrite la Cordillère de Mérida et le Lac Maracaibo, plus grand lac de l’Amérique du Sud. Sa capitale est Caracas et 90 % de ses 24 millions d’habitants est catholique. On y parle espagnol. Le pétrole, une de ses richesses, se trouve pratiquement à fleur de sol le long du grand fleuve Orénoque. On doit noter que 80 % de la richesse est détenue par 20 % de la population. L’est du pays est une région privilégiée des ornithologues qu’on visite par camion, avion et bateau. Le long du parcours, le récit est imagé de plusieurs photos dont des photos d’oiseaux, bien sûr !

Dans la Péninsule de Paria au nord-est, les oiseaux sont Ibis blanc, rose et rouge, Pélican brun, Aigrette bleue (famille du Grand héron), Caracara à tête jaune (falconidé), Ariane à poitrine blanche, différentes espèces de Buses, Jacamar brun, Vanneau téro, Toucan à bec rouge, Quetzal brillant, Oriole tropical. C’est également une région où plusieurs plantes carnivores à fleurs se nourrissent d’insectes et où poussent des arbres bambou.

Non loin de Caripe, dans le centre touristique du nord-est, une grotte abrite les Guacharos des cavernes, oiseau frugivore qui vit dans l’obscurité complète et se déplace en émettant des ultrasons comme le font les chauves-souris. D’autres oiseaux y sont présents, Tyran social, Sturnelle des prés, Élénie de day (moucherolle), Colibri topaze, Jacamar vert, Calliste diable-enrhumé.

En descendant vers la région de Las Claritas au sud-est, on y découvre les tepuys, larges blocs rocheux aux sommets aplatis. Le grès dont sont constitués ces hauts blocs fait partie des plus anciennes formations rocheuses au monde. Les oiseaux de cette région sont Tohi des tepuys, Moucherolle et son amie la vache que l’oiseau débarrasse de parasites, Talède violacé, Ara chloroptère, Coq rouge orangé et Coracine chauve chez qui la femelle passe dans le territoire des mâles et y choisit son compagnon. Cette région abrite aussi la plus haute chute d’eau au monde Salto Angel du nom de son découvreur pilote d’avion, Jimmy Angel (15 fois la hauteur des chutes Niagara).

C’est dans l’est à la Sierra Imataca qu’a lieu enfin la rencontre avec la fameuse Harpie féroce Harpia harpyja. L’oiseau habite cette région sauvage près de Rio Grande, région menacée par l’exploration minière et forestière, Prudence car Harpie féroce n’hésite pas à attaquer quiconque serait trop près du nid ! La Harpie se tient dans le cœur des forêts pluviales et tropicales et sa présence est très dépendante de l’état de préservation des forêts. C’est une créature mythologique décrite comme un monstre à tête de femme avec corps d’oiseau aux griffes acérées et qui volait même des enfants. L’oiseau de la famille des accipitridés mesure de 1 à 2 m d’envergure pour un poids de 8 à 9 kg. La photo d’une Harpie de 8 mois nous montre une tête grise avec une double crête noirâtre, hérissée lorsque l’oiseau chasse ; le collier facial a un plumage au dessus noir et dessous blanc, le haut de poitrine est noir et la queue a trois bandes transversales grisâtres. La culotte est rayée et les pattes sont courtes, épaisses et fortes, munies de puissantes griffes de 20 cm, plus longues que celles d’un grizzli (voir références pour description complète). Ce prédateur est capable de soulever des proies (raton laveur, singe, serpent, paresseux, ara, parfois chien) pesant 70 % de son propre poids. Il construit un nid de 1,5 m de diamètre dans de très hauts arbres à 40 m du sol. L’oiseau peut faire plusieurs nids, commode car le travail est fait par mâle et femelle et peut prendre plus de 30 mois. Le nid sera réutilisé durant plusieurs saisons. La femelle pond deux œufs et n’élève qu’un seul rejeton, le premier né. La Harpie est symbole de l’action écologique du pays à cause de sa possible disparition due à la déforestation.

Pour terminer, Marielle illustre à l’aide d’un graphique les impacts du développement du pays, en particulier la déforestation des régions sauvages vs la menace de la disparition de la Harpie féroce. L’équilibre à obtenir entre le développement en réponse aux besoins de la population et à la modernité et la préservation des richesses naturelles est un défi constant et par ailleurs, la Harpie semble complètement disparue du Costa-Rica où elle était jadis abondante.

Merci Marielle pour cette fresque vraiment intéressante du Venezuela et pour avoir attiré notre attention sur la biodiversité et l’importance de sa préservation.

Mado

Références :

Les oiseaux des Antilles guide d’identification, Raffaele Herbert, 2006

Venezuela, Bibliothèque du voyageur, 2007

Birds of Venezuela, Steven L. Hilty, Illustrated by John A. Gwynne and Guy Tudor, 2003

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