Bernaches du Canada, photo: © Pascale Piché

Le carnet de Mado

2008-03-18  Les Bernaches résidentes du Canada

Par Dr Jean-François Giroux directeur et professeur, département des sciences biologiques UQUAM (écologie, aménagement de la faune, spécialité oiseaux)

L’objectif de son équipe de recherche est de comprendre le comportement des oiseaux en recueillant diverses données afin, éventuellement, de contrôler la taille de la nombreuse population de Bernaches et de dégager des solutions pour en minimiser les désagréments.

Il existe plusieurs sous-espèces et populations de Bernaches. Les populations nicheuses sont établies ici depuis une quinzaine d’années. Les résidentes (Branta canadensis maxima) sont en permanence aux Etats-Unis. Elles arrivent début de juin au sud du Québec. Une grande partie de cette population s’établit sur les Îles de Varennes et sur les îles environnantes. Comme la Bernache résidente est facile d’approche, le suivi se fait aisément. Chaque année c’est le comptage des œufs, le baguage, les prises de diverses mesures et la détermination de l’âge des embryons.

En 1992 on comptait 3 nids et en 2006, 190 nids. Le succès de cette colonisation s’explique par les points suivants : l’origine des premières nicheuses venant des É.-U., la taille de la ponte (5,5 œufs en moyenne), le succès de la nidification (sur les îles 70 % de succès car il y a peu de prédateurs), la date d’initiation des nids (17-20 avril), la fidélité au site de nidification et l’élevage facile des couvées par l’utilisation des conditions d’habitat des milieux anthropiques (pelouses, golfs, terres agricoles, bords de rivières), les Bernaches étant herbivores.

L’incubation des œufs est de 26 jours. Pendant que la femelle couve, le mâle monte la garde à proximité et chasse les intrus qui s’aventurent trop près des nids. Il y a beaucoup de familles recomposées car 36 % à 78 % des femelles abandonnent leurs jeunes. Les causes sont peu connues si ce n’est que les femelles qui perdent des œufs ont tendance à abandonner leurs jeunes qui sont élevés par d’autres adultes (51 % à 71%). Vers 55-60 jours les jeunes prennent leur envol mais restent généralement avec les parents la première année. Ils se dispersent à l’automne, en grand nombre, dans des milieux où il n’y a pas de chasse (chasse régulière, le 25 septembre), …quelle intuition ou quelle mémoire des sons ! La durée de vie maximale est de 15 ans environ.

Problèmes potentiels liés à une si grande population :

Grande quantité de décès, agressivité lors de la nidification, nuisance sur les terrains de golf et les pelouses, risque d’accident aérien, dommages aux récoltes et contamination des réserves d’eau potable.

Comment prévenir les problèmes :

Aménagement des milieux riverains par des barrières d’arbustes pour diminuer l’accès aux berges, éducation du public pour minimiser le nourrissage. Le contrôle de la taille de la population par abattage et garde de la viande qui se fait aux É.-U. nous répugne émotionnellement ici. On utilise aussi l’arrosage des œufs avec de l’huile minérale, ce qui bouche les pores de l’œuf. À ce sujet une expérience est tentée à Repentigny, un groupe avec huile, un groupe témoin sans huile. Résultat : les Bernaches dont les nids sont arrosés reviennent l’année suivante et se déplacent juste un peu pour nidifier. L’arrosage doit donc se répéter à chaque année et l’évaluation doit se faire durant plusieurs années avant de conclure.

Le défi pour chercheurs et gestionnaires est de trouver des solutions basées sur des connaissances scientifiques qui permettent une cohabitation harmonieuse avec les humains.

Comment peut-on aider ?

Observation des colliers : couleur, code de 2 chiffres et 2 lettres de haut en bas, prise de photos si possible, date et heure de l’observation, lieu le plus précis possible, nombre de Bernaches, de nids, de jeunes et enfin accompagner ces informations de votre nom.

Envoyer à : giroux.jean-francois@uquam.ca . Les recherches sur la Bernache s’effectuent sous juridiction fédérale, Service canadien de la faune.

Ce fut une conférence vraiment intéressante qui nous touche de près puisqu’on voit la Bernache du Canada en abondance dans la région et par ailleurs parce que la Bernache est l’oiseau emblème de notre club.

Grand merci au Dr Giroux.

À la prochaine, Mado

Écrire à Mado...  Retourner à la liste des textes.