2007-11-28
Conférence du 15 mai 2007
« Buffon et les oyseaux »
Par Juliane Bertrand, baccalauréat et maîtrise en littérature française, maintenant étudiante au doctorat en phonétique.
Georges-Louis Leclerc comte de Buffon, naturaliste français, naît à Montbard en Bourgogne en 1707 et décède à Paris en 1788. Il fait ses études chez les Jésuites de Dijon et est admis à l’Académie des sciences en 1733. Très apprécié du roi Louis XVI, il est nommé Intendant du Jardin des Plantes (Jardin du Roi), (futur Muséum d’histoire naturelle de Paris, Larousse 2005). Il est admis à l’Académie française en 1755. Son œuvre « l’Histoire naturelle des oiseaux » est la plus vendue au 18e siècle, au-delà même des œuvres de Voltaire et autres grands de l’époque. Buffon fut un grand promoteur de la vulgarisation scientifique.
Pour décrire la vision de Buffon, comparons le terme miroiseur (observateur) à ornithologue (intérêt pour la science qui étudie les oiseaux). Ainsi, les écrits antérieurs à Buffon s’intéressent à découvrir les choses, à faire quelques liens, à soulever le voile des connaissances, tandis que l’esprit scientifique de Buffon veut comprendre les mécanismes intérieurs et les comportements de l’oiseau. Buffon fait installer d’immenses volières pour observer des spécimens vivants, ce qui le distingue nettement des autres auteurs qui décrivent des spécimens morts.
Un peu d’histoire pour mieux apprécier l’œuvre de Buffon
En 1544, William Turner réécrit une 1ère histoire naturelle entièrement consacrée aux oiseaux, d’abord écrite par Pline et Aristote. Les écrits de Turner ne comportent aucun classement.
En 1555, Belon écrit le premier livre en français sur les oiseaux et produit des gravures couleurs illustrant et décrivant entre autres oiseaux, la Huppe et le Vanneau-huppé semblable à notre Pluvier kildir. Il tente de faire un classement rudimentaire, environnement vs comportement, en comparant le squelette de l’oiseau à celui de l’humain. Il crée donc des liens entre les morphologies (gravure présentée : Bécassine de Belon).
Au 17e siècle Ulisse Aldrovadi (1599 – 1603) exporte les connaissances de Belon en Italie. Il les traduit en italien et fait des ajouts en latin.
Au 18e siècle Caroli Linn/Ei dans « Systema Naturae » nomme un oiseau par un terme général et un terme particulier. C’est l’apparition du système binaire pour décrire les espèces. Il décrit et compare les différentes formes de becs et de pattes.
En 1750 Jacob Théodore Klein distingue des familles à partir des doigts de pieds. C’est un début vers une classification des espèces.
En 1740 Mark Catesby est le premier à venir en Amérique. C’est un botaniste curieux qui s’intéresse aux insectes et aux oiseaux ainsi qu’aux comportements ; il dessine des croquis à partir de ses observations. Il rédige « The Natural History of Carolina, Florida and the Bahamas Islands ».
En 1743 Georges Edwards, désigné comme le père de l’ornithologie britannique moderne, décrit pour la première fois des espèces Nord-américaines et produit des dessins d’une grande précision.
En 1760 Mathurin Jacques Brisson écrit sur l’ornithologie. C’est la référence la plus récente que Buffon consulte bien qu’il en réfute souvent les données.
Buffon a comme collaborateurs Louis Daubenton pour les travaux d’anatomie et Martinet qui se consacre aux dessins, images et planches en couleur. Pour favoriser une plus grande distribution, il refait toutes les illustrations en noir. Buffon réalise l’équilibre entre observation et description scientifique de par la nature même de ses écrits : 36 volumes sur l’Histoire naturelle, 11 sur les quadrupèdes, 9 sur les oiseaux, 5 sur les minéraux et 7 en suppléments d’information sur les volumes précédents. L’intégrale de ses œuvres n’a plus été imprimée depuis le 19e siècle. Il y a toutefois de l’espoir puisqu’en France on fait des travaux de numérisation grâce à l’appareil scanner. On peut consulter le site Internet pour les pages originales de son Histoire naturelle des oiseaux : http://www.oiseaux.net/buffon/buffon.tome1.html
Dans son premier livre, Buffon décrit l’Aigle doré, le Grand Aigle (notre Aigle royal), comme bon et généreux, laissant des morceaux de proies pour les autres. C’est une analogie avec la perception du Roi généreux avec lequel il est en très bons termes ; l’Aigle devient emblématique. Il décrit aussi l’Aigle commun ou aigle moyen et l’Aigle tacheté ou petit aigle.
Tout au long de sa conférence, Juliane émaille ses propos par des projections de planches couleurs de certains oiseaux, la plupart venant de Martinet. Je ne mentionnerai que quelques oiseaux pour illustrer l’évolution de Buffon dans le processus de description et la recherche de précision :
Pie-grièche grise et Pie-grièche rousse : Buffon les classe comme oiseaux de proie (large bec, fort, crochu) dans un effort de classement basé sur la morphologie des oiseaux de proie et de leur comportement.
Autour distingué du Gerfaut blanc. Buffon nous amène à l’idée que la différence de couleur est attribuable aux différents milieux où vivent les oiseaux, soit le transformisme. C’est une donnée majeure qui sera reprise par Darwin au 19e siècle.
Balbuzard auparavant appelé Aigle de mer, mais …il vit sur le bord des rivières. De plus l’Aigle a du duvet jusqu’en bas des pattes mais pas celui-ci, …ce n’est donc pas un Aigle. Buffon lui a donc attribué un nouveau nom pour le différencier.
Rapaces nocturnes : Buffon s’intéresse beaucoup à ceux-ci. Il pense que le Grand duc et l’Harfang sont de la même espèce mais vivent dans des milieux différents. Il fait donc encore ici référence au transformisme (ou évolutionnisme au sens de Darwin).
Perdrix grise et Perdrix rouge : Buffon a observé que ces oiseaux ne se croisent pas. C’est ainsi qu’il justifie que ce sont des espèces différentes.
Gélinotte du Canada (aujourd’hui Tétras du Canada) : Buffon mentionne son importance au Canada dans l’alimentation. C’est donc une avancée supplémentaire illustrant l’importance de l’écosystème dans l’alimentation.
Moqueur polyglotte : espèce américaine n’existant pas en Europe. Buffon le décrit comme le chantre le plus excellent parmi tous les volatiles de l’univers. Il ajoute donc une autre dimension (chant et son) et, manifestant son appréciation des belles choses de l’Amérique, il déborde de sa France natale.
Dans toute son œuvre Buffon défend sa conception : la nature est vivante. En tant qu’Académicien, il a toujours le souci de traduire la vie à travers le style de ses écrits. D’après sa conception, l’homme et l’animal se ressemblent :
homme : réflexion / intelligence amitié sensibilité / (toucher)
animal : aptitude / spirituelle attachement sentiment / (odorat)
Au cours des ans, le Roi a perdu de son lustre, la population le conteste de plus en plus et l’apprécie de moins en moins. On est presque à l’aube de la Révolution française et cela se répercute dans les écrits de Buffon. Il introduit encore une autre dimension. Il utilise l’oiseau pour décrire le comportement social de l’homme. Il décrira le Pigeon comme traitant sa femelle en égale et invite l’homme à s’en inspirer comme modèle et à l’imiter …un peu de morale. Et, à la fin de son dernier livre, Buffon désigne le Cygne plutôt que l’Aigle comme devant être le modèle de la République. Il dit de lui qu’il vit en ami plutôt qu’en roi, ne voulant que le calme et la liberté ; égalité, fraternité, liberté ! Buffon dépasse la simple description de l’oiseau et celui-ci devient prétexte à un discours philosophique pour proposer un modèle de société.
Eh bien nous avons vu l’oiseau avec beaucoup de recul et sous un angle qui, pour ma part, me fait grandement apprécier Buffon, bien sûr, mais également l’évolution de la science ornithologique et le travail des chercheurs, auteurs et professeurs.
Un grand merci à Juliane de nous avoir fait partager le fruit de son immense travail de recherche et le plaisir de sa découverte de Buffon et les oyseaux pour notre plus grand plaisir aussi ! Vous pouvez communiquer avec elle : bertrand.juliane@uquam.ca.
Je vous dis à l’automne pour d’autres rencontres qui nous feront nous envoler encore plus loin sur les ailes de cette belle science.
Belles vacances, bonne miroise… Mado
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