Bernaches du Canada, photo: © Pascale Piché

Le carnet de Mado

2007-05-17  Conférence du 17 avril 2007 "Le mystère de la migration" par Serge Beaudette photographe et naturaliste, chercheur passionné.

La migration est un mystère qui fait jaser depuis 5 000 ans au moins, on en trouve même des notations dans l’Ancien Testament. Aristote a parlé abondamment de la migration dont les données remontaient à quelques centaines d’années avant JC. Il y a 4 000 ans on utilisait la capacité d’orientation de l’hirondelle pour porter un message de libération à la fin d’une guerre. Plus près de nous, on étudie sérieusement le phénomène depuis 60 ans. La migration est un mouvement des oiseaux, aller et retour, qui se fait à date fixe.

Types de migration

Migration prénuptiale (sexuelle), post-nuptiale tropique, migration altitudinale saisonnière (au bas et au haut des montagnes). Les vols migratoires sont nocturnes ou diurnes. Autres types : erratiques (post-nuptiales), irruptions/invasions, sédentarité, déplacements saisonniers non prévisibles et cycliques (Harfangs des neiges vs lemmings : plus la population de lemmings est élevée plus il y a d’Harfangs).

Types de migrateurs

Longue distance, courte distance, migrateurs partiels. Plus il y a d’oiseaux au Nord, plus il est nécessaire de remonter encore plus loin vers le Nord. Pour le Junco ardoisé, la distribution est diversifiée : jeunes mâles au Sud du Canada, jeunes femelles et adultes au centre des USA, femelles et adultes au Sud des USA.

Causes et raisons de migration

Les oiseaux auraient suivis les déplacements des glaces à l’époque des glaciations. La surpopulation d’oiseaux à l’équateur conduit aux déplacements vers le Nord : bonne nourriture, bonne reproduction, augmentation de population, donc les oiseaux gagnent encore plus le Nord. Les oiseaux vivant à l’équateur se reproduisent au Nord et les oiseaux vivants au Nord se reproduisent au Sud.

Déterminisme

Facteurs externes variant d’une année à l’autre, plus de froid, moins de verdure et de nourriture (graines et insectes), et, à court terme, température, vents et pression atmosphérique. Facteurs internes : l’augmentation de la durée du jour à l’extrême Nord ou à l’extrême Sud stimule l’hypophyse qui, grâce aux hormones sécrétées, joue un rôle déterminant dans les fonctions de régulation thermique, d’alimentation, de reproduction et de sommeil. Les signes observables de migration sont nervosité, mue, augmentation du poids et accumulation des graisses et augmentation de la grosseur des testicules.

Où vont les migrateurs

Ils empruntent différents corridors : voie du Pacifique, du Centre, du Mississipi, de l’Atlantique. Il existe une carte géographique de la migration des oiseaux dans l’hémisphère oriental et occidental. Des couleurs différentes illustrent les voies de migration des oiseaux terrestres, aquatiques, oiseaux de littoral et échassiers, oiseaux de mer et rapaces (voir référence à la fin). Du Sud vers le Nord : Pointe Pelée, Tadoussac (rapaces à l’automne), les côtes, Amérique Centrale.

Vitesse, altitude et distance

Vitesse moyenne par bons vents : petits oiseaux 45 km/h, rapaces 60 km/h, canards 90 km/h. Altitude moyenne : entre 200 et 1 000 mètres, jusqu’à 7 000 mètres. Chez l’Oie barrée, une hémoglobine spéciale permet un apport plus important d’oxygène. Distance parcourue : Sterne Arctique 35 000 à 40 000 km, Courlis de Tahiti 10 000 km à 2 battements/s, 250 000 km en une seule étape, Colibri à gorge rubis 3 000 battements/min pour survoler le Golfe du Mexique, soit 800 km. La Paruline rayée vole 3 jours et 4 nuits sans arrêt, elle double son poids pour voler de 500 km à 750 km par conditions idéales.

Phénomène du sommeil uni sphérique

Il sert de fonction anti-prédation : pendant qu’un œil, opposé à un hémisphère du cerveau, est fermé, l’autre partie du cerveau se repose et vice versa. La capacité de cette baisse de sommeil est fonction des capacités d’apprentissage de l’oiseau.

Direction des vents

Le vent de dos franc Sud est l’idéal, le vent de côté fait perdre plus d’énergie et le vent en V procure une économie d’énergie en diminuant la résistance de l’air pour l’oiseau qui suit. Le vent de front n’est aucunement propice au vol.

Orientation et navigation

Des expériences furent menées : statistiques issues observation, baguage, cartes GPS, compas et boussoles, etc. Le soleil, les étoiles, l’olfaction, le repérage des côtes (les oiseaux voient la lumière polarisée 45 minutes après le coucher du soleil) et le phénomène de « homing » (revenir à la maison) activent la boussole interne des oiseaux. De 0 à 3 mois, un minéral, la magnétite, permettrait à l’oiseau de calibrer le lever et le coucher du soleil. De plus il attend que le soleil soit au zénith pour se calibrer. Lorsque les lignes de champ magnétique sont trop faibles, il se fie aux étoiles pour se diriger, en particulier à l’Étoile Polaire. Les oiseaux naviguent au travers un environnement odorant. Des essais de magnétisme par les odeurs ont été faits à l’aide d’un gaz, le diméthylsulfite. Ce gaz produit par le phytoplancton en eau froide profonde est détecté par les oiseaux. Chez l’oiseau forestier, le bulbe olfactif occupe 3 % du cerveau, chez d’autres volants près de 30 % et même 36 % chez le Pétrel des neiges. De plus, selon l’intensité de la force de Coriolis, les oiseaux peuvent sentir si le vent dominant va au Sud ou au Nord (la force de Coriolis est due à la rotation de la Terre et a pour effet de dévier tout objet en mouvement vers sa droite dans l’hémisphère Nord et vers sa gauche dans l’hémisphère Sud – Petit Larousse illustré 2005). De plus, les oiseaux possèdent une carte de sons qui permet d’entendre les infrasons et une carte couleurs qui permet de voir les rayons ultraviolets. Ces deux outils précieux interviendraient dans la fonction de repérage.

Retour de migration vs mortalité d’oiseaux

Des 100 000 000 d’oiseaux qui partent de l’Amérique du Nord chaque année, environ 40 000 000 reviennent. Causes naturelles des pertes : mauvais temps (tempête, ouragan, vent violent), hausse de température, froid qui perdure, manque de nourriture associé au froid ; une certaine proportion d’oiseaux ne se rendent tout simplement pas. Lors d’un printemps hâtif (16 jours plus tôt), ils arrivent à récupérer environ 10 jours (donnée documentée). Causes humaines : chasse, lignes à haute tension, tours de communication, édifice miroir, éolienne, phares, collision avec avion, réchauffement climatique.

Conclusion

Pour la plupart des oiseaux, les migrations servent à profiter des journées plus longues pour rechercher une alimentation plus abondante et favoriser une meilleure reproduction. Ils parviennent à naviguer à travers toutes sortes de conditions grâce à leur boussole interne. Ils subissent des changements physiologiques et parviennent à s’adapter à divers types d’alimentation. Ainsi, le réchauffement climatique n’est pas sans incidence, modifiant les périodes de migration et même les destinations.

Merci à Serge Beaudette pour cette intéressante conférence ; étant donné le volume des données j’en ai échappé plusieurs. Je pense que la densité du contenu aurait mérité quelques heures de cours, mais on a appris beaucoup !

Bonne lecture, Mado

Références

Site Internet de Serge Beaudette : www.pitpitpit.com.

La migration des oiseaux, hémisphère occidental et oriental : carte géographique illustrée (oiseaux et couleurs indiquent les voies de migration), National Geographic Society, Washington, D.C., imprimée en mars 2004, en français, par National Geographic France, www.nationalgeographic.fr

Le site Google Earth pour le suivi de migration de la Barge Rousse http://www.werc.usgs.gov:80/sattrack/shorebirds/overall.html

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