2007-04-12
Conférence du 20 mars 2007 « Écologie de l’Urubu à tête rouge » par François Morneau biologiste spécialisé pour les oiseaux.
Cette espèce est encore peu connue et il y a peu d’écrits à son sujet mais des passionnés comme François Morneau l’ont beaucoup observée.
Taxonomie;
Ordre des Ciconiiformes (Pélican, Héron, Condor, Jaribus) proche parent de la Cigogne, famille des Cathartidés (7 espèces seulement dans les Amériques) ; nom latin Cathartes Aura (épurateur) ; autres espèces : Urubu noir, Condor de Californie.
Morphologie;
La tête de l’Urubu est sans plume et rouge ; noire chez le jeune, elle vire au rouge après quelques mois. L’intensité des rouges varie selon la température ; plus élevée, la tête est plus rouge. Le bec est blanc-ivoire, un peu crochu avec deux encoches. La peau du cou peut se distendre ou se rétracter, formant une sorte de collerette qui protége de la chaleur ou « selon son humeur » (Guide : Raptors of E.N.A). Dessous et devant des yeux sont bordés d’un demi cercle d’excroissances blanchâtres ou verdâtres (Guide : Alsop III). Le plumage est brun-noir un peu bronzé et les rémiges gris argenté. Les pattes sont blanc rosâtre pâle. En vol la queue est longue et s’étend au-delà des pattes. Les tectrices sont brun foncé. Les teintes de l’Urubu varient selon les stades de croissance. Techniquement l’Urubu est sans voix mais la syrinx (organe du chant situé à la bifurcation de la trachée) produit des sortes de grognements et sifflements lorsqu’il est agité.
La masse corporelle est de 1,4 à 1,8 kg, presque le poids du Balbuzard. Envergure des ailes : 1,5 à 2 m avec une faible charge alaire pour une adaptation à un vol bas et lent qui dure longtemps. En vol à voile, il a les ailes relevées au dessus du dos en forme de V (dièdre) et se balance d’un côté à l’autre, comme instable, parfois durant plus d’une heure. L’Urubu à tête rouge a une longueur de 64 à 81 cm (d’un guide à l’autre les données varient légèrement).
Les deux sexes sont similaires si ce n’est que la femelle est un peu plus grosse.
Répartition;
De la Terre de Feu (ancien Archipel de Magellan extrémité sud de l’Amérique du Sud) à l’Abitibi.
Thermorégulation;
Sa température corporelle est de 38 °C. Lorsqu’il fait très chaud, l’Urubu défèque sur ses pattes pour se refroidir (urohydrosis). Durant la nuit la température ambiante peut varier de 0,4 à 2,6 °C, parfois plus. L’oiseau doit donc se réchauffer avant l’envol : il déploie les ailes au soleil un moment avant de commencer à battre des ailes pour finalement s’envoler.
Apparition récente en Amérique du Nord et au Québec;
Aire de nidification vers le nord-est à partir de 1920-1940. Premières mentions de nidification : Ontario 1901, état de New York 1925, du Connecticut 1930, du Massachusetts 1954, du New Hampshire 1981, du Maine 1982 et Nouveau-Brunswick 1997. Mentions notées au Québec : 27 août 1894 à Godbout et en 1919, 1940 (lieux inconnus). A partir de 1962 sa présence est signalée annuellement et la première mention de nidification est au Mont Saint Bruno en 1974. On peut alors penser que l’espèce est au Québec à partir de 1974. L’Urubu niche au nord du Saint-Laurent, Lanaudière, Parc National du Bic (printemps 2002 à 2006) et est en progression, en automne, à Tadoussac 1993 à 2006. L’Urubu volant parfois au-delà de 4 000 à 5 000 pieds d’altitude, il n’est pas toujours possible d’en signaler la présence.
Hypothèses expliquant l’expansion de l’Urubu à tête rouge au Québec;
Réchauffement climatique, augmentation des populations de Cerf de Virginie (réserve critique de nourriture surtout au printemps), altération de l’habitat dans le sud de son aire aux USA, défrichement pour l’agriculture, accroissement du réseau routier, réduction de la persécution (à notre époque compréhension de l’utilité de l’oiseau de proie).
Abondance de l’Urubu à tête rouge;
Canada : entre 5 000 et 20 000 couples (spéculatif)
Québec : entre 1 000 et 4 000 individus (facilité de décompte le matin au dortoir) dont :
Mont Yamaska : début août 1994, 64
Mont Saint-Hilaire : septembre 1996, 44
Valleyfield : avril-mai 2005, 323
Parc National du Bic : avril-mai 2005, 58
Régime alimentaire;
Presque exclusivement charognard, il se nourrit généralement seul grâce à un odorat très développé ; il repère sa nourriture en volant à moins de 30 m de hauteur. L’été, l’Urubu vole 33 % du temps. On peut identifier son menu par le contenu des pelotes de régurgitation : chien, cheval, proc, mouton, vache, volaille et autres oiseaux, écureuil, marmotte, musaraigne (souris-araignée), lapin, lièvre, taupe, opossum, invertébré, raton laveur. Il est un spécialiste des proies fraîches et de préférence de petite taille. Il peut aussi se nourrir d’animaux morts, mustélidés (putois, blaireau, martre, hermine), cerf, carcasse de phoque et autres cétacés. « En temps de disette il a été observé mangeant des plantes notamment de la citrouille en décomposition (Guide : Raptors of E.N.A) ». L’Urubu n’a pas le bec très fort et il attend que d’autres animaux (loup, coyotte) ouvrent la proie. Il peut attaquer un héron pour provoquer la régurgitation d’un poisson et le lui voler ; bien astucieux hein !
Habitats;
Biotopes (aire géographique de dimensions variables, souvent très petites, offrant des conditions constantes ou cycliques aux espèces constituant la biocénose, laquelle est l’ensemble des êtres vivants, animaux, végétaux, micro-organismes, présents dans un même milieu ; dict. Larousse) : milieux ouverts ainsi que vastes forêts. L’Urubu évite les hautes montagnes et vole au-dessus des routes à cause des ascendances thermiques ; on le surnomme le chameau volant. Il préfère les secteurs à réseau routier développé, tend à éviter les zones urbaines et suburbaines, bien que Montréal soit un petit dortoir pour les Urubus.
Domaine vital;
Relevé en Pensylvanie : jusqu’à 371 km2. Toujours en Pensylvanie, pour 2 reproducteurs, on a obtenu une moyenne de 70 km2. Des études télémétriques révèlent que 95 % des repérages se situent à moins de 15 km du rayon du dortoir principal. L’Urubu n’est pas territorial : les nids peuvent être situés à une distance de 2-3 m.
Cycle annuel et reproduction au Québec;
Formation du couple monogame : danse au sol et poursuite aérienne « en cercle accompagnées de grognement faible et de gonflement de la gorge et du cou - Guide Raptors of E.N.A ». Une danse peut durer 3 h. Emplacements des nids au Québec : éboulis de roches et petites crevasses, crevasses au pied d’une falaise, arbre creux, cabane à sucre et maison abandonnée, buissons très denses. Le porc-épic défèque toujours au même endroit et cela forme, avec des feuilles, un humus mou et peu odoriférant, milieu idéal pour un nid d’Urubu. Aux USA avant 1920, 53 % des nids étaient dans les arbres creux, les troncs d’arbres renversés et les souches.
Ponte et couvaison;
De mi-avril à presque fin juin, souvent de fin avril à mi-juin. Plus les Urubus sont expérimentés plus ils pondent tôt. Fréquence de ponte : 1 à 3 jours. Nombre d’œufs : 1 à 3, généralement 1. Durée de couvaison : 38 à 40 jours, débute avec la ponte du 2e œuf. Mâle et femelle s’occupent de la couvaison et de l’alimentation par régurgitation deux fois par jour. Élevage au nid : 55 à 60 jours. Les petits se déplacent à 7-8 jours, vont à l’extérieur de la crevasse vers l’âge de 3 semaines et s’envolent vers 7 à 8 semaines.
Âge de la maturité sexuelle;
Pas bien connu mais pourrait être à partir de la réussite du premier vol de poursuite. La plus jeune marque observée fut à l’âge de 2 ans et 10 mois. La probabilité est davantage vers l’âge de 3 à 4 ans.
Longévité maximale;
Estimation de 17 à 20 ans plus ou moins.
Dortoir;
Les Urubus passent la nuit ensemble. Ils quittent le dortoir une trentaine de minutes avant le lever du soleil pour se rassembler temporairement avant de s’envoler. Ils quittent le nid durant 1 à 3 h. Chaque individu utilise de temps en temps plus d’un dortoir. Types de dortoir : éphémère, saisonnier, permanent (utilisé d’une année à l’autre). Fonctions du dortoir : échange de connaissances sur emplacement de nourriture, réduction des risques de prédation, réduction des déperditions d’énergie surtout l’hiver (jours courts), et bien sûr… salon idéal pour rencontrer un conjoint !
Prédateurs;
Les voisins de nid, Faucon pèlerin, Corbeau, Buse à queue rousse, Pygargue à tête blanche, Coyote, Renard.
Facteurs limitatifs;
Disponibilité de nourriture, prédation des nids, collision avec les autos, piégeage accidentel, abattage par l’humain, contaminants, empoisonnement secondaire.
Où observer l’Urubu à tête rouge?
En migration, près de Valleyfield, McMasterville, Otterburn Park (coin Bernard Pilon), autour du Mont Yamaska.
Finalement… on disait que l’Urubu était peu connu ! Il reste sans doute beaucoup à découvrir, mais c’est un bon départ.
Merci François pour la passion dédiée, entre autre à l’Urubu, que l’on observera désormais peut-être d’un autre regard et avec tous les égards qu’on lui doit. A force de le décrire… il m’est devenu bien plus sympathique !
Bonne lecture, Mado
Références intéressantes et complémentaires avec de belles photos.
Guide : Raptors of Eastern North America, Brian K. Wheeler, Princeton University Press, New Jersey, 2003
UQROP : si vous allez y faire un tour, vous en verrez un de très proche en démonstration.
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