2007-02-18
Conférence du 23 janvier 2007 « Les oiseaux gourmands » par le docteur Jean Léveillé
Le Dr. Léveillé pratique la médecine nucléaire; il est accompagné de son épouse Denise, sa collaboratrice qui est aussi photographe. De nombreux voyages scientifiques l’ont amené dans plusieurs continents et ont été des occasions idéales pour y insérer des plateaux d’observation des oiseaux. Cet ornithoguetteur, terme du livre, a recherché et bénéficié de l’expérience de guides connaissant bien les coins de pays visités. Avec beaucoup de patience il a ainsi capté des séquences uniques de comportements alimentaires dont il explique le pourquoi et le comment. Le style, la sémantique et le vocabulaire utilisés dans l’ouvrage sont à la fois poétiques et didactiques. L’écriture finement ciselée nous conduit à des impressions visuelles colorées voire même auditives; on y est presque !
Il porte à notre attention le milieu environnant qui donne des pistes significatives des mœurs alimentaires des oiseaux. Dans le volet alimentation des oiseaux, on retrouve 9 % de carnivores, 10 % d’insectivores (ces deux modes présentant un % plus élevé en période de nutrition des oisillons), 27 % de végétariens et 54 % d’omnivores. Jean Léveillé nous présente une trentaine d’oiseaux, les uns exotiques, les autres locaux.
Le Bruant des neiges est céréalier et insectivore. Il est friand du sel trouvé le long des routes en hiver. Grégaire et prudent, en hiver il se fabrique de petites caches dans la neige pour se protéger du froid et des prédateurs en se confondant avec la neige. Trois ou quatre individus font le guet. Cette construction discrète laisse apparaître dans les champs, au lever du jour, des petits amas de neige, comme des vaguelettes.
Le Moineau domestique, d’abord importé d’Angleterre dans l’état de New-York vers 1850, se répand ensuite en Amérique. Surtout granivore, il ne s’intéresse aux chenilles, nymphes et autres chrysalides que durant la courte quinzaine du nourrissage des petits au nid. Il habite indifféremment nos villes et campagnes.
Le Bécasseau semi-palmé quitte l’Amérique du Sud au mois de mai, traverse les plaines de l’Amérique du Nord pour atteindre sur la côte Atlantique la baie de Fundy où la marée basse dresse une table digne de Bacchus. Au menu, des millions d’œufs et de crustacés gorgés de lipides. Il y double son poids et au terme de son retour en Amérique du Sud, il aura retrouvé son poids-santé. Des recherches alimentaires sur le type de lipides ingérés sont actuellement en cours. L’humain, en ces temps de rondeurs, pourrait en bénéficier !
Le Bec-en-ciseaux noir a long bec pointu à la mandibule inférieure, plus longue que la mandibule supérieure. En vol perpétuel à plus de 30 km/h à fleur d’eau, dix fois, vingt fois, il répétera ses manœuvres visant à happer crustacés et petits poissons. Surnommé laboureur de la mer, il est rare au Québec.
La Bernache du Canada est végétarienne, insatiable de feuilles vertes, fruits et baies sauvages, joncs et bulbes. Elle se laisse aussi tenter par le gazon et, selon le principe de dépense de moins d’énergie pour le plus de bénéfice, elle a compris que manger le gazon coupé est donc bien plus facile que de l’arracher ! Elle affectionne également les semences des greens de golf.
Le Canard mandarin est considéré par les chinois comme leur animal domestique; ils en prennent grand soin. Le séchage du riz devant leur maison attire ce splendide canard. Il mange aussi des plantes aquatiques gorgées de vitamines et d’oligoéléments. Ce fin gourmet apprécie les escargots décapsulés, poissons et alevins frais ainsi que arachides, noisettes et graines séchées, le tout préparé par des bienfaiteurs admiratifs et dévoués. Tout comme son cousin d’ici le Canard branchu, il niche dans les arbres.
Le Chardonneret jaune est très répandu en Europe. Il aurait été introduit une première fois au New Jersey puis à New-York au XXe siècle d’où il se serait rendu dans nos contrées. Juillet signe pour lui le temps de fonder une famille parce que son met préféré, le chardon, atteint la pleine maturité. Les jeunes adoptent également des céréales mélangées de graines d’échinacée et de tournesol, riches en huiles et calories. « Les graines de cardères et d’ombellifères lui assurent dès l’automne les plus célèbres coloris de l’élégance ». Le chardonneret a la particularité de manger la tête en bas. Il se perche sur les silos dits inversés car la minuscule ouverture à délice se trouve sous le perchoir.
Le Flamant rose du Kenya a permis à l’auteur de réaliser son rêve d’observer des colonies de cet échassier. L’oiseau peut aussi se retrouver, par nécessité alimentaire, en Afrique de l’Est ou du Sud et parfois jusqu’en Inde ou au Pakistan. Le Flamant adore les algues bleu-verdâtre légèrement assaisonnées de sel, accompagnées de petits animalcules et crustacés. Le caroténoïde, concentré par les algues et les crustacés, colore les plumes du rose pâle au rouge. Si cet ingrédient vient à manquer, les plumes restent blanches.
Le Gros-bec errant est végétarien et insectivore. Il apprécie particulièrement le tournesol, l’arachide, le maïs jaune et quelques cristaux de sel le long des routes. Les cocottes de sapin ou d’épinette font partie du menu. Par-dessus tout, il est friand de la croustillante tordeuse des bourgeons d’épinette. Malheureusement pour lui, depuis les pluies d’insecticides répandues pour neutraliser la bestiole, on a observé la diminution de cet oiseau.
Le Guêpier, un cavernicole, construit son habitation à même la muraille des falaises. Il traque les coléoptères, papillons et libellules. Mais comme son nom l’indique, ses mets de choix sont les guêpes, les frelons, les abeilles et les bourdons. Il secoue sa victime, l’assomme et lui arrache le dard d’un brusque coup avec son long bec légèrement recourbé.
Le Héron vert adore la pêche et pratique la technique de l’affût. Il est un spécialiste pour la pêche au lancer léger par laquelle il obtient sa pitance. Il se poste et s’agrippe à un tronc ou une souche à fleur d’eau. Il lance à la surface de l’eau un appât, mouche, alevin, feuille ou encore une de ses plumes qu’il se sera enlevée. C’est ainsi qu’il peut attraper un petit poisson, qu’il relancera en guise d’appât, pour obtenir un plus gros poisson. Petit futé va ! Si la pêche est inefficace, il reprendra ses techniques un peu plus loin. Qui donc a parlé de cervelle d’oiseau ?
L’Huîtrier surveille la marée qui, en se retirant, laisse apparaître des pierres recouvertes de coquillages. Un buffet de palourdes, d’huîtres ou de moules est alors offert. L’Huîtrier arpente la table mise à la recherche d’une coquille qui, à la faveur du sable chaud, comme dit l’auteur « respire l’air et baille un peu au soleil » ! L’Huîtrier fonce et passe son bec mince et pointu dans la faille imprudente pour y couper la valve et empêcher définitivement l’huître de se refermer. Et voilà, le repas est servi !
Jean Léveillé (pardonnez-moi si j’ai utilisé beaucoup de vos termes, comment pourrait-il en être autrement !) a le talent de décrire poétiquement les environnements et atmosphères dans lesquels il immortalise ses amis ailés, souvent après des heures et des jours de patiente observation. Dans son ouvrage Les oiseaux gourmands 2005, la description avec laquelle il campe chaque oiseau se lit comme une petite histoire de voyage aux mille détails succulents. C’est donc une invitation à parcourir ce livre artistique ainsi que le précédent Les oiseaux et l’amour 2003, tous deux aux Editions de l’Homme. Soyez à l’affût de la prochaine parution Les Oiseaux fabuleux avril 2007 dont l’auteur, en terminant, nous gratifie de quelques exemples. Les personnes présentes ont grandement apprécié la présentation de qualité qui nous a fait partager les nombreuses heures d’émerveillement que Denise et Jean ont vécues. Un merci succulent !
Mado
Note : On peut entendre le Dr Léveillé à CKAC, le samedi de 9:00 à 10:00 et le mardi de 19:30 à 20:00 sur le thème « Les Oiseaux et la vie ».
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